À la découverte du DFCO Foot-Fauteuil

Depuis 2014, le Dijon Football Côte d’Or possède sa propre section de foot-fauteuil. L’association ambitionne de développer la pratique du football pour les personnes en situation de handicap. Victimes d'un championnat suspendu, joueurs, staff et bénévoles s’apprêtent à vivre une reprise, pour le moins, attendue. Cet été déjà, le DFCO FF a pris part à plusieurs matchs amicaux et tournois.


Les entraînements ont lieu quotidiennement au gymnase Jean Marion, dans le quartier des Grésilles. (Photo : Clément BATLLE)

9 juillet 2017. Kissimmee, Floride, États-Unis. Alors qu’il reste 5 minutes dans le temps imparti, Mohamed Ghelami, le numéro 4 tricolore, inscrit le quatrième but français. L’équipe de France de Foot-Fauteuil remporte alors sa toute première coupe du monde (4-2 face aux USA, double tenants du titre). Non non, vous ne rêvez pas, la France est bien championne du monde de foot, en fauteuil.


En vérité, le foot-fauteuil est à l’image de la majorité des sports accessibles aux personnes en situation de handicap : dans l’ombre, bien loin des projecteurs. Malgré la très faible médiatisation de cette discipline, les encadrants œuvrant dans l’hexagone ont permis au foot-fauteuil tricolore de s’élever sur la plus haute marche internationale.


Un hasard que la France soit sur le toit du monde me direz-vous ? Bien évidemment que non.


Les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 ont encore une fois mis l’accent sur plusieurs disciplines accessibles aux personnes présentant une déficience motrice, visuelle ou auditive. Si le foot-fauteuil n’y est pas (encore) représenté, le rugby-fauteuil, tennis-fauteuil ou escrime-fauteuil le sont bien. Ils ont alors permis d’exposer aux yeux de tous les contours et spécificités du monde handisport. Les athlètes en situation de handicap ont ainsi pu faire étalage de leurs grandes qualités et capacités. Pour rappel, 54 médailles ont été glanées aux Jeux Paralympiques, plaçant la France au 14ème rang du classement des nations.


Les exploits sportifs sont aujourd’hui utilisés comme étalon de la grandeur d’un pays. Cela prouve qu’un état regorge de talents. D’hommes et de femmes qui, par leur entraînement, leur encadrement, ont su se démarquer dans leur domaine. Ces joyaux bruts montrent également que le pays en question a pu, grâce à ses éducateurs, ses installations sportives, son mode de vie, faire naître des champions.

De gauche à droite en fauteuil, les français Bryan Weiss et Mohamed Ghelami, élu meilleur buteur de la compétition avec quinze buts inscrits. Si Garande cherche un attaquant d’ailleurs… (Photo : SOFOOT)

Pourtant, l’année 2020 n’aura pas épargné les membres de l’association DFCO Foot-Fauteuil.


Le 3 avril 2020, une réunion en visioconférence réunit d’urgence les représentants des clubs. Coup de tonnerre ! La Fédération Handisport de foot fauteuil prononce l’arrêt des championnats pour l’exercice 2020-2021. Compte tenu des contraintes liées à l’épidémie de Covid-19, la commission sportive de foot-fauteuil proclame alors une saison blanche, écartant ainsi tout scénario de reprise. Une décision difficile mais prévisible, que les pratiquants ont dû accepter.


Suite aux décisions prises par le gouvernement, et malgré l’assouplissement des mesures du déconfinement progressif quelques mois plus tard, les matchs, par principe de précaution, ne reprendront plus. Plus que des matchs, c’est alors tout un monde qui se fige. Pour autant, à Dijon, le club de foot fauteuil ne s’est pas laissé abattre par ce climat hostile à la pratique sportive.


L’ensemble de l'association, en concertation avec les instances administratives et sportives, a convenu que les entraînements, même pendant les confinements, continueraient. Port du masque pendant les séances, gel hydroalcoolique à l’entrée et prise de température sont devenus les codes habituels des entraînements.


Il est alors nécessaire de rappeler qu’au-delà de la compétition, la participation aux entraînements répond en grande partie à l’épanouissement capital des pratiquants, isolés car touchés par de lourdes pathologies.

Le DFCO équipe son association handisport à l’aide des mêmes tenues que pour les professionnels. (Photo : Clément BATLLE)

2022 présage un horizon plus adapté à la reprise de la compétition. Le come-back du championnat s’annonce aussi prometteur.


Si en effet, la Fédération prévoit un retour au format « classique » concernant la saison 2021/2022, la classification sera pour l’heure mis en suspens, tout comme les relégations (uniquement des accessions). D’autres paramètres rentrent en ligne de compte : respect du protocole sanitaire, liste d’inscription des joueurs (6 joueurs maximum titulaires + 2 joueurs maximum "réserves" non soumis à la réglementation des surclassements). Et enfin, dans la mesure du possible, report des rencontres en cas d’absence liée à la COVID-19 de 40% des joueurs inscrits sur la liste.


Une seconde option reste envisagée avec un format de championnat (compétitif et récréatif) divisé en 6 « zones » géographiques en cas d'impossibilité d’instituer un championnat national. Pour l’instant, rien est encore officiellement acté. La commission sportive de foot-fauteuil doit se rassembler rapidement en vue d’officialiser les accords.


Foot-Fauteuil : les lois du jeu


Avant d’en savoir davantage sur l'association DFCO Foot-Fauteuil, il est l’heure de défricher les pans obscurs de ce sport. Le foot fauteuil (powerchair football en anglais) est une discipline qui se pratique exclusivement en intérieur, sur une surface de la taille d’un terrain de basket.


Ce sport est accessible à toutes les personnes atteintes portant un handicap physique ou mental, une maladie l’obligeant à se déplacer en fauteuil, de façon à ce qu’ils puissent vivre, comme leurs idoles, leur passion. Les pratiquants bénéficient, comme n’importe quel athlète, du plaisir qu’apporte le sport, mais touchent également de leur paume le bonheur des victoires, ressentent l’adrénaline, la pression de la compétition. Ils partagent conjointement les valeurs séculaires du sport, l’amitié et la convivialité.


À travers les sensations de bien-être et de délivrance que procurent ce jeu, les différents mouvements occasionnés sont bénéfiques, autant pour le corps que pour l’esprit, pour l’ensemble des pratiquants. Le repérage dans l’espace, la coordination, la concentration, la réactivité… sont des aptitudes et capacités que les joueurs vont pouvoir connaitre et développer.


Enfants, adolescents et adultes peuvent jouer ensemble. Le foot fauteuil est aussi mixte. Trois joueurs de champ plus un gardien constituent une équipe sur le terrain. Quatre remplaçants par match sont autorisés à rentrer.



En France, en D1 et D2, une rencontre comporte deux mi-temps de 20 minutes, partagées par une pause de 5 minutes. En D3 et en National, les matchs se découpent en deux fois 15 minutes.


Dans certaines compétitions, (coupe, tournoi…), si résultat nul, des prolongations suivent. Les équipes doivent rester sur le terrain à la fin du temps réglementaire. Cette prolongation est divisée en deux périodes de 5 minutes. À l'issue des prolongations, pour départager les deux équipes, dans certains cas, l’épreuve des tirs au but est ordonnée.

Un exemple de composition des joueurs du DFCO Foot-Fauteuil.

Les règles de jeu sont presque identiques à la forme traditionnelle du Football. Les corners, penalties, coup-francs, existent. Toutefois, le foot fauteuil possède ses propres spécificités. En voici les principaux exemples :

  • En situation de match, il ne peut pas y avoir simultanément plus de 2 joueurs en défense, gardien compris, dans la surface de réparation. Également appelé « 3 dans la boîte ».

  • Il est interdit de lever le ballon du sol (il doit impérativement rouler). Le ballon possède un diamètre de 33 cm soit 13 pouces.

  • La vitesse du fauteuil est limitée à 10 km/h.

  • Il est interdit de percuter ou de heurter le fauteuil d’un autre joueur. Il s’agit dans ce cas d’une action non conventionnelle, et donc, d’une faute.

  • Les cages sont matérialisées par 2 montants verticaux espacés de 6 mètres.

  • Le 2 contre 1 : Lorsque deux joueurs adverses se disputent le ballon, tout autre joueur venant interférer sur cette action se verra sanctionné. Un coup-franc indirect va suivre.

Plus simplement, deux joueurs de la même équipe ne peuvent pas simultanément défendre sur un adversaire dans un périmètre de 3 mètres autour du ballon.



La faute est sifflée. L’arbitre, pour signaler l’arrêt du jeu, annonce un « 2 contre 1 » aux joueurs à l’aide d’un geste simple :



Le règlement existant sert à protéger les joueurs, afin de permettre à des personnes en situation de handicap d’intégrer une équipe sans risque pour leur santé.


Le fauteuil reste l’instrument au centre du jeu. Il doit préserver l’intégrité physique des joueurs. Il est impératif que le fauteuil soit adapté (protections latérales si le ballon peut se coincer en dessous, pas d’objets proéminents) en fonction du handicap de la personne qui l’utilise (ceinture de maintien, sangles aux pieds, appui-tête).

Les frappes/passes s’effectuent grâce à la rotation du fauteuil sur lui-même.(Vidéo : Clément BATLLE)

Rattaché à la Fédération Française de Handisport, le foot fauteuil possède aussi sa propre fédération : la FIPFA (Fédération Internationale de Foot Fauteuil en français). Le championnat de France est né lui en 1992.


DFCO Foot-Fauteuil : des prémices à l'édifice

L’initiative originelle d’un club à Dijon émane de trois jeunes, grands fans de football : Déborah Lachaise, Abdoulaye Fofana et Anxhelo Plaku. Pendant son temps libre, le trio dijonnais se retrouve pour jouer. Cependant, la pratique du foot dans ce cadre n’était en aucun cas sécurisée ; à plusieurs reprises, leurs fauteuils personnels basculaient et manquaient de peu de se renverser.


En octobre 2012, la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS) de Côte d’Or, qui eut écho des parties non-officielles de Déborah et de ses amis, se penche sérieusement à l’idée de créer un club dans la capitale bourguignonne. En parallèle, des initiations de foot-fauteuil sont mises en place par l’établissement du Clos Chauveau, du club de foot fauteuil de Chalon-sur Saône et de la mairie de Dijon.


Peu de temps après, Angélique Petit intervient. Sous l’impulsion de sa fille Déborah, cette femme dévouée écrit la première page du foot-fauteuil dijonnais en fondant, en mai 2013, le « Dijon Footeuil Victoire Handicap » (DFVH). « Ce jour-là, je suis rentrée (après une initiation, ndlr), et j'ai monté une association » explique la maman dans une interview pour France Bleu.


Parmi la foule, Angélique Petit (debout en beige) pose aux côtés de sa fille (deuxième personne en fauteuil en partant de la gauche), des autres joueurs du DFCO FF et de François Rebsamen. (Photo : Bien Public)

Faute de matériels adaptés et de soutiens financiers, Angélique Petit et sa fille se lancent une unique mission : se faire repérer par la direction du DFCO, et plus particulièrement par l’homme à sa tête, Olivier Delcourt.


Supportrices dans l’âme, Déborah Lachaise, actuellement joueuse au DFCO FF, et sa mère se rendaient systématiquement à Gaston Gérard pour suivre les matchs. Elles voyaient aussi ces rencontres comme une véritable opportunité afin de se faire repérer. Les deux femmes persistent à tel point qu’elles patientent au delà du coup de sifflet final, par tous les temps, dans l’espoir de rencontrer dans les travées ou aux abords du stade un membre du club.


Ce jour arriva. Le président du DFCO, séduit par le projet, accepte de soutenir l'association.

Olivier Delcourt ne le sait pas encore mais il devient à ce moment-là l’un des précurseurs du foot fauteuil en France. En effet, le nombre d’équipes professionnelles qui parrainent des clubs de foot fauteuil ne font pas légion. Les plus connus d’entre eux sont l’ASSE (l’équipe stéphanoise évolue en deuxième division et a connu une ascension fulgurante) ou les Chamois Niortais. Toutefois, le système d’affiliation entre le DFCO et l’association reste unique ; seul le club définit l’ensemble des termes (budgétaires,…) de cette union.


Le DFCO association et la SASP (Société Anonyme Sportive Professionnelle) s’associent par la suite à l’entité handisport d’Angélique Petit. Le DFCO devient partenaire de l’association qui change de nom ; le 15 février 2014, le DFCO Foot Fauteuil était né.

Dès la création du DFCO FF, deux parrains sont nommés : Romain Philippoteaux et Jordan Marié. Mais très vite, en 2015, Philippoteaux s’envole pour Lorient, avant de revenir il y a seulement quelques semaine, dans la capitale des Ducs.

Toutefois, l’engagement des ambassadeurs ne s’arrête pas seulement à de la figuration.

Plusieurs joueurs, dont Philippoteaux et Marié, feront preuve d’une exceptionnelle générosité en effectuant des dons à destination du DFCO Foot Fauteuil. Le mythique Olivier Dall'Oglio s’ajoute également à la liste des donateurs. Comme quoi, quand on est un grand homme…


En attendant, les féminines n’ont pas à rougir de l’investissement de leurs coéquipiers masculins. Au contraire, grâce à une extrême proximité de bureaux aux Poussots, les footballeuses ont pu souvent retrouver et cajoler l’équipe de foot-fauteuil du DFCO. Léna Goetsch est l’une d’entre elles. La joueuse de 21 ans a participé fin 2020 à l’opération

« 1000 buts marqués » lancée par le DFCO en soutien pour le Téléthon.


L’ensemble de l’association DFCO, en compagnie du DFCO Foot-Fauteuil, a tenté de scorer 1000 buts. Les féminines catégories jeunes et les séniors avaient pris part au défi. Retransmis en live sur Facebook et sur la page DFCO, cette initiative a permis de récolter des dons pour la recherche sur les maladies génétiques rares.


L’ancienne lyonnaise Noémie Carage est aussi engagée. Elle a accompagné une autre joueuse en situation de handicap, Noura Dehho, pour son interview chez la société APRR, partenaire du DFCO FF.

Les bureaux du DFCO Foot-Fauteuil aux Poussots, avant délocalisation dans le nouveau Centre de Performance, situé sur le site de l'écoparc Dijon Bourgogne à Saint-Apollinaire. (Photos : Clément BATLLE)

Noémie, Léna et Jordan ont également tenu à être présents lors de sensibilisations mises en place par l’association. En effet, le DFCO Foot-Fauteuil organise des actions en relation avec des entreprises dans le but de mieux accueillir et intégrer les personnes en situation de handicap, tels que URGO (spécialiste du traitement médical).


Une pratique sportive, collective et formatrice

Le DFCO Foot-Fauteuil est aujourd'hui une association sportive loi 1901, reconnue d’intérêt général. L'objectif des dirigeants reste toujours d’ouvrir la pratique du sport aux personnes portant des handicaps « lourds », mais le club a aussi pour volonté d’accompagner ses joueurs dans leur intégration en société.


Si l’épanouissement des joueurs est essentiel, leur intégration sociale est indispensable.

Ces personnes fragiles, qui entrent au sein de l'association ne cherchent pas la performance à tout prix. Certains s’inscrivent car pour eux, le sport est un facteur de lutte contre l’isolement social. Il est vecteur d’insertion ou même de réinsertion.


En plus des valeurs sportives, le DFCO FF tient à ce que ses joueurs puissent se sentir en confiance les uns avec les autres. Le club souhaite notamment que le handisport passe par l'échange et le partage. Les personnes encadrant les entraînements, de l’entraîneur en passant par les bénévoles, se sont rendus compte au fil du temps que la motivation principale des joueurs évoluaient. À la base, les joueurs partagent tous le même point commun : faire du sport malgré leur handicap.


Pourtant, très vite, les membres du staff prennent conscience que, pour le groupe, gagner importe peu. C’est l’esprit d’équipe qui l’emporte sur tout. Leur victoire à eux, c’est être sur le terrain. Tous ensemble.

Scène de communion entre staff et joueurs (Photo : Clément BATLLE)