• Gus21

[DEBRIEF] L1, J14 : DFCO - Toulouse (3-1)

On a coutume de dire qu'il est difficile pour une équipe qui joue deux fois de suite à domicile de s'imposer deux fois. L'an passé, Dijon n'avait pas réussi à confirmer après sa belle victoire face à Rennes, arrachant in extremis le nul contre Montpellier. Mais cette fois, grâce à un Baptiste Reynet décisif dès le début de match, à un collectif rodé et à une animation offensive emballante, le DFCO a fait mentir les statistiques. Opposé à un Toulouse FC physique mais sans inspiration dans le jeu, les dijonnais ont prouvé que leur place dans le ventre mou de la Ligue 1 n'avait rien d'une surprise.

Les joueurs :

L'Homme du match : Kwon (7,5) : difficile de choisir un homme du match, tant le collectif dijonnais a été bon au cours de cette partie, avec notamment une ligne offensive particulièrement en verve. Mais le sud-coréen mérite la distinction. Pas parce qu'il planté son 4e pion de la saison, le 2e en deux matchs, après une combinaison avec Saïd qu'il a lui-même initiée, s'offrant au passage une petite revue d'effectif de la défense toulousaine. Pas non plus parce qu'il a été l'accélérateur du jeu dijonnais et qu'il a aspiré l'âme de Cahuzac sur ce double contact à l'entrée de la surface juste avant la pause. Mais parce qu'on a appris, grâce au reportage de nos confrères de beIN Sport, que papa et maman Kwon avaient eux aussi posé leurs valises dans la capitale bourguignonne en même temps que le fiston. Traverser la moitié de la planète, aller se cacher dans les vignes et même essayer de brouiller les pistes en faisant venir un autre sud-coréen en Ligue 1, tout ça pour se retrouver avec tes vieux sur le dos. Tu m'étonnes qu'après il ait eu envie de faire si mal aux toulousains !


Reynet (7,5) : gnagnagna, Reynet il est spectaculaire mais pas décisif. Gnagnagna, il n’arrête jamais les pénaltys. Gnagnagna, faut arrêter de s'emballer avec lui... La stratégie machiavélique des pseudos détracteurs du portier dijonnais a parfaitement fonctionné. Du coup, Gradel s'est pointé au point de péno avec la même confiance que l'équipe de rugby corpo de la Chocolaterie de Bourgogne avant de jouer contre le XV de France. Et bam ! Après avoir roupillé tout le reste de la première mi-temps et une bonne partie de la deuxième, il a définitivement enterré le côté gauche toulousain en sortant la frappe d'Amian après avoir fait mine de partir de l'autre côté. Mais comme c'est un mec qui aime le foot Baptiste, il a quand même laissé les deux seuls toulousains à être passés par une école de foot et pas par une formation dans la démolition de gros mettre un petit but, histoire de leur donner un peu d'espoir. C'est pas un match parfait ça ?


Chafik (6,5) : le même match que celui livré par Goffin face à Tsonga en Coupe Davis. Un échauffement intensif face à un sparring-partner sympa mais franchement limité au bout du compte (Gradel, en l’occurrence). Du coup, comme c’est un bon élève, le marocain s’est attaché à ne pas laisser le moindre espace à son vis-à-vis et comme cet exercice était loin de nécessiter toutes ses ressources physiques, il en a profité pour dépasser régulièrement la ligne médiane et venir mettre un peu plus la pression à une défense toulousaine qui n’en avait guère besoin. Le problème c’est qu’à la longue, à force de se promener, il a fini par agacer Gradel, qui lui a collé un petit taquet dans le bas du dos, synonyme de sortie anticipée pour le marocain. Pas très grave finalement, il avait terminé son entrainement. Remplacé à la 75e minute par Rosier (non noté). Un jaune quatre minutes après avoir mis les pieds sur la pelouse, un oubli d’Amian dans son dos, heureusement sans conséquence… à croire qu’il se préparait déjà à rentrer aux vestiaires fêter la victoire lorsque Dall’Oglio lui a demandé de rentrer. Heureusement, il s’est vite remis la tête à l’endroit, en étant proche de filer à Kwon la balle du doublé.


Yambéré (5) : son exploit le plus notable reste d’avoir totalement inversé la logique du football en écopant d’un jaune après un attentat sur Cahuzac. Quand on vous dit que la Ligue 1 part en couille… A part ça, il a foiré plusieurs de ses relances, a paru parfois empêtré dans ses propres pieds et a oublié de rester au marquage de Delort sur le but toulousain, ce qui lui vaut tout juste la moyenne. Pas catastrophique non plus, loin s’en faut, mais avec deux plots comme Toivonen et Sanogo en face, même Evra aurait pu se montrer au niveau. En tout cas, au vu des dernières performances de papi Varrault, un chouia de concurrence risque de s’installer dans la hiérarchie des défenseurs centraux. Et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.


Djilobodji (5,5) : je comprends, pour la Ligue, un défenseur d’un « petit club » qui ne passe jamais au travers de ses matchs et a le plus grand nombre de duels remportés en championnat, ça fait tâche. Du coup, M. Jochem a été chargé d’essayer de pourrir sa note, en inventant un nouveau motif de penalty : se faire rentrer dedans par l’attaquant et effleurer son pied en tombant. Fort heureusement, comme il y a une justice dans le football, cette tentative grossière a été tuée dans l’œuf. Cet épisode passé, le sénégalais s’est réinstallé dans son fauteuil de patron, a remis en marche la tour de contrôle et s’est amusé à croquer les attaquants toulousains sur leur moindre prise de balle. Aller, toujours pourra-t-on dire qu’il a eu un peu plus de boulot à faire face à Delort. Pas de quoi le faire trembler.


Haddadi (6) : lui aussi a réalisé un exploit : celui d’être le premier joueur signalé en position de hors-jeu du match. Pas mal pour un défenseur latéral ! Trop haut dirons certains. Mouais. Car finalement, la seule chose qu’il ait à se reprocher sur ce match, sur le but toulousain en l’occurrence, c’est d’avoir été trop loin de Jean… car trop bas ! Tout un paradoxe. Ce détail mis à part, il a arpenté son couloir gauche comme un cavalier les steppes mongoles, précieux dans tous les compartiments de jeu et s’arrachant les rares fois où la vitesse de Jean aurait pu le pousser à la faute. La muraille de Carthage.


Amalfitano (7) : ce mec est un pur sadique. Cela ne lui a pas suffi de voir Gradel foirer son penalty, louper les trois quarts de ses gestes et se faire systématiquement bouffer par Chafik. Il a fallu qu’en plus il lui fasse subir la spéciale samedi soir du Fucking Blue Boys, avec ce petit pont tout en décontraction. C’est moche, vraiment. D’autant qu’il n’avait pas besoin de ça pour faire un bon match, vu tous les ballons qu’il a encore récupérés, les passes qu’il a interceptées, les relances propres qu’il a effectuées. Et puis il a prouvé que peu lui importait finalement d’être à deux ou à trois au milieu, il cavale toujours autant. Gâcher une belle copie de guerrier comme ça par un acte aussi sale, franchement… ça méritait bien de sortir avant la fin !Remplacé à la 86e minute par Balmont (non noté). On avait commencé à faire la quête pour son pot de départ en retraite vu ses dernières entrées en jeu. Finalement, il ne semble plus si pressé et a probablement effectué ses meilleures 10 minutes de la saison avec le DFCO.


Xeka (6,5) : un bon gros diesel portugais, qui crachote de la fumée (vu ce qu’il crapote en même temps…), ronronne, va à deux à l’heure mais trace ensuite la route une fois lancé et la 5ème passée. Voilà grosso modo comment on pourrait résumer la prestation du joueur prêté par Lille (qui doit une fois de plus s’en bouffer les doigts jusqu’à l’os). Un début de match de sénateur, puis du mieux, quelques récupérations, des longs ballons bien léchés et finalement une seconde période carrelée à la perfection, avec passage d’aspirateur et coup de lingette sur les joints (oui, ceci est un honteux cliché). Et surtout, son deuxième but de la saison, du plat du pied, dans le petit filet. Sécurité.


Sammaritano (7,5) : Kwon a été le catalyseur du feu de l’attaque dijonnaise, aucun doute là-dessus. Mais c’est souvent l’ancien auxerrois qui a craqué les allumettes pour faire partir l’incendie. Une leçon à retenir pour Pascal Dupraz : ne mettre que des grandes gigues baraquées quand l’équipe en face à dans ses rangs une mobylette avec le pot modifié qui leur colle dix mètres dans la vue à chaque démarrage, ce n’est pas la meilleure idée du monde. Mais comme Sammaritano n’est pas un mec qui fait dans le sentiment, il s’est amusé à casser méthodiquement tous les reins qui se trouvaient sur son passage et quand il en a eu marre, il s’est offert un petit centre caviar pour Xeka, histoire d’ajouter une marque dans sa colonne « passe décisive ». C’est peu de dire qu’il a réussi à se rendre de nouveau quasiment indispensable dans le onze dijonnais. Remplacé à la 80e minute par Abeid (non noté), qui a poursuivi son échauffement sur la pelouse, a touché quelques ballons pour faire genre et a pu fêter la victoire avec ses potes sur la pelouse.


Saïd (7) : à droite ? Au centre ? A côté de Tavares ? Derrière lui ? Pendant un bon quart d’heure, on l’a vu se torturer les méninges pour savoir où se placer sur le terrain. Finalement, il a tout envoyé péter et est allé là où le jeu était et où son instinct le lui dictait, et bien lui en a pris car quel match ! Avec seulement une mi-temps (très bonne d’ailleurs) dans les jambes depuis son retour de blessure, le voilà titulaire, passeur décisif pour Kwon et buteur avec un beau pétard des familles, dans un angle pas si évident qu’il en avait l’air. Efficacité maximum ! Il a parachevé son œuvre en brisant définitivement des reins toulousains déjà passablement malmenés par les prises de balle de Sammaritano, comme sur cette action conclue par une frappe à la 37e. Retour gagnant ?


Tavares (7) : « Julio par exemple, quel est le défaut principal de Julio ? Il est égoïste ! » Bah non, justement. Il ne l’est pas même pas assez ! D’accord, toutes les déviations et les remises pour ses coéquipiers, c’est juste de la générosité. Pareil pour les passes décisives. Mais ne pas tenter sa chance quand l’autre mec dans la surface a déjà marqué et qu’en plus frapper est deux fois plus simple que d’essayer de la mettre entre les deux défenseurs, c’est de l’excès de gentillesse ! Mais bon, il est comme ça Julio, le collectif avant tout. Au passage, un nouveau mot vient de faire son entrée dans le dictionnaire officiel cap-verdien (et pourrait être adopté également par le Portugal prochainement) : la Talvarèsa : n.f., contraction de talonnade et Tavares. Se dit, au football, d’une passe décisive en talonnade, geste fétiche du légendaire attaquant du grand DFCO, Julio Tavares. Légende, on vous dit.

Le match :

A Dijon, particulièrement la saison passée, on a souvent eu le sentiment que les arbitres étaient payés pour la mettre à l’envers au DFCO. Mais cette fois, c’est à se demander si ce n’est pas le président Delcourt lui-même qui avait filé un bifton à M. Jochem pour qu’il siffle ce penalty ô combien litigieux dès le début du match. Car ce fait de jeu a réveillé des dijonnais qui avaient débuté leur match en roupillant, exactement comme contre l’ESTAC. Un réveil salutaire et une montée en puissance progressive qui a vu les bourguignons broyer progressivement des toulousains sans idée.


A ce titre, on a d’ailleurs eu droit à une belle opposition de style. Sans gloriole aucune, le constat est sans appel. D’un côté, un DFCO avec des joueurs complémentaires et un projet de jeu cohérent, avec des lacunes et des failles certes, mais aussi et surtout une volonté de faire du jeu, d’attaquer, de trouver des solutions. De l’autre, un TFC qui n’était qu’une somme de physiques, sans cohérence ni complémentarité, sans projet, avec un fond de jeu inexistant et un style de panzer division. Quand pendant plus d’une demi-heure le joueur le plus créatif et le plus technique dans l’entrejeu s’appelle Yannick Cahuzac, il faut se poser des questions ! Dupraz a pourtant quelques joueurs qui ont du ballon dans son effectif, mais à force de tout miser sur la résistance, cela devient absolument mochisime à regarder. Devant une telle indigence de jeu, heureusement que le DFCO s’est imposé, non mais !


Dans le jeu, les satisfactions sont nombreuses, de la solidité défensive (malgré le but encaissé) à l’animation offensive étincelante en passant par un collectif de plus en plus rodé. Il y en a aussi sur le plan comptable. Si le DFCO ne gagne qu’une place (de la 13e à la 12e place), il prend surtout 14 points d’avance sur Metz et 6 sur Lille, les deux relégables directs et se retrouve à 5 points de la 5e place. Cerise sur le gâteau, les dijonnais possèdent la 5e attaque de Ligue 1, les quatre premières places étant occupées par les quatre premiers du championnat. Une sacrée satisfaction.


A peine le temps de respirer que la Ligue 1 reprend déjà ses droits, dès demain avec un choc majeur, face à Amiens. Et il n’y a rien d’ironique dans la phrase précédente, tant les picards font un début de saison convaincant et tant le match s’annonce extrêmement intéressant entre deux formations joueuses et au plan de jeu clairement défini. Si la tâche s’annonce rude, la récompense pourrait être à la hauteur au vu des autres confrontations. En cas de victoire, le DFCO aurait toutes les chances de prendre encore plus ses distances avec Metz, qui reçoit Marseille, et Lille, qui se déplace à Lyon. De plus, le 11e, Troyes, ira défier le PSG, le 9e, Rennes, n’aura pas un déplacement facile sur la pelouse d’Angers et le 10e n’est autre que l’adversaire du jour, Amiens. Sans compter que le 8e et le 7e, Saint Etienne (à 1 point) et Montpellier (à 2 points) ne partent pas forcément vainqueurs d’avance en se déplaçant à Bordeaux et à Guingamp. Les chances de voir les dijonnais s’installer pleinement dans la première moitié de tableau en cas de victoire sont donc mathématiquement réelles. Encore faudra-t-il confirmer la forme du moment et aller s’imposer au stade de La Licorne. Une tâche tout sauf aisée.

© Le Dijon Show, 2020

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