Génération dorée du DFCO : quand Mollet, Marié et Bourabia étaient les enfants du club

On avance généralement que moins de 5% des jeunes de clubs pro signent un contrat. Ces chiffres descendent même bien plus bas lorsqu’il s’agit de clubs n’ayant pas de structure officielle de formation. Dijon a ouvert la sienne en 2014... Pourtant, avant cela, trois joueurs nés la même année, en 1991, passés par les équipes de jeunes du club sont devenus pro : Florent Mollet, Jordan Marié et Mehdi Bourabia. Retour sur l’histoire de cette "génération dorée" à travers le regard de ceux qui ont joué avec eux.

Marié en haut à gauche et Mollet en bas à gauche lors de la finale nationale benjamins.

Les trois joueurs ont commencé à jouer ensemble en benjamins (10-11 ans). Le DFCO vient alors de recruter Jordan Marié en provenance de Genlis. Julien Gibassier, qui évoluait au DFCO dans cette catégorie à l’époque, explique que Jordan Marié s’était déjà bien fait remarquer : « C’était notre principal concurrent en jeunes, tout le monde le connaissait dans le département avec sa coupe au bol blonde et son maillot orange de Genlis ! ».


Il n’a alors pas 10 ans quand il tape dans l’œil des recruteurs dijonnais. Matthieu Pugeot qui jouait lui aussi au DFCO à l’époque abonde dans ce sens : « Il nous mettait le bouillon avec Genlis, en benjamin 1ère année lors d’un tournoi en salle. En un contre un il m’a tout simplement mis dans le vent avec un double passement de jambes, crochet puis a fusillé le gardien avec une grosse frappe en lucarne. Après ça on savait qu’il jouerait avec nous l’année suivante ». Florent Mollet était lui déjà au club quand il commence le foot avec Julien Gibassier. « On a démarré vers 6/7 ans c’était avant 1998, c’était encore le Cercle Dijon Foot ». Ils sont rejoints par Mehdi Bourabia dont les grands frères évoluent au DFCO. Deux joueront d’ailleurs sous les ordres de Rudi Garcia, Jamal et Rachid. C’est ainsi que Florent, Jordan et Mehdi jouent ensemble en benjamins lors de la saison 2002/2003, une année exceptionnelle comme le rappelait Le Bien Public à l’époque : « 18 matches, 18 victoires, 172 buts pour et 12 contre, 73 défis jonglages gagnés et un nul, cela révèle l'attachement des dirigeants du club dans la formation des jeunes. »


Cette année-là, l’équipe se qualifie pour la finale nationale à Saint-Malo qui réunit les champions de chaque région. Le DFCO finit 5e et le BP en profite pour en faire un article avec une dernière phrase prémonitoire : « Il y a quinze jours à Saint-Malo, ces jeunes ont confirmé avec une cinquième place en finale nationale de la Coupe de France. Leur plus grand mérite : arracher le match nul contre les Lyonnais, vainqueurs de l'épreuve. Les benjamins ont démontré leurs progrès en terminant 1er des clubs amateurs et 4e des défis jonglages (devant Lyon). L'avenir du football dijonnais s'annonce prometteur ». On notera au passage que parmi cette équipe de Lyon jouaient Alexandre Lacazette et Clément Grenier.


Julien Gibassier décrit alors à l’époque une équipe quasi invincible et glisse malicieusement : « Même Griezmann, avant qu’il parte en Espagne vers 13/14 ans, ne pouvait rien contre nous à cette époque avec son équipe de Mâcon ! ». Bien qu’encore jeunes, les profils technique des trois pépites dijonnaises commencent à s’affirmer. Matthieu Pugeot décrit Bourabia comme « un joueur techniquement très fort, qui aimait humilier les adversaires avec de nombreux petits ponts, quitte à revenir en arrière pour en poser un second sur le même joueur ». Quant à Florent Mollet « en poussin il arrivait déjà à faire 1000 jongles pied droit, pied gauche et 200 de la tête ». Marié lui « était le plus complet avec un jeu très simple mais très efficace ».


Ils ne tardent pas à attirer les regards des recruteurs des clubs pro, notamment Mehdi Bourabia qui était très déterminé comme l’explique Julien Gibassier : « Il voulait à tout prix se faire repérer, d’autant plus qu’il était soutenu par sa famille qui connait bien le milieu. Si quelqu’un se faisait repérer et pas lui, il ne comprenait pas. Pour lui, c’était lui le meilleur et il devait devenir professionnel ». Bourabia partira pour Sochaux durant sa formation, club qui avait aussi repéré Marié mais finalement jugé "trop petit".


En partant à chaque fois de la gauche : en haut, 6e, Mehdi Bourabia, en bas 2e Jordan Marié, 6e, Florent Mollet

Mollet et Marié poursuivent leur parcours en équipes de jeunes à Dijon avec des ambitions différentes. Julien Gibassier explique que Mollet a toujours eu la volonté de devenir pro : « Pour lui, ça a toujours été le foot et rien d’autre, on s’est suivi en études du collège à la fin du lycée à Boivin. Il ne pensait que foot, à tel point qu’il avait rendu fou notre prof de sport en terminale qui lui avait sorti devant tout le monde, qu’il ne ferait rien dans sa vie et qu’il ne deviendrait jamais pro avec son caractère de con. Florent en avait eu les larmes aux yeux. Aujourd’hui, tu vois où il est. Comme quoi, il était prédestiné à finir footballeur, à tel point que même avec un plâtre à la main, cela ne l’empêchait pas de vouloir jouer tous les matchs lors des qualifications de la coupe nationale en benjamins ».


En 2003, ainsi qu’en 2004, le DFCO participe à un tournoi à Liverpool regroupant les meilleures équipes de jeunes de la région. Les jeunes dijonnais remporteront le tournoi les deux années de suite, Jordan Marié étant élu meilleur joueur en 2003, Florent Mollet en 2004. Vous pouvez d’ailleurs retrouver le récit du tournoi de 2004 ainsi que des photos sur ce site (d’époque on préfère vous prévenir !). Pourtant, cela n’a pas toujours été simple pour nos deux Dijonnais. Julien Gibassier poursuit : « Certaines années, ils étaient surclassés, d’autres, ils peinaient à confirmer leur place dans le groupe, notamment entre les 14 et 16 ans où il y avait beaucoup de concurrence ». Si Mollet s’est toujours vu devenir pro, cela a été différent pour Marié : « Jordan est de nature plus posé que Florent, plus introverti. Après le Bac, il a tenté Staps mais a arrêté après 2-3 mois pour se consacrer au foot, avec toujours en tête l’idée de faire une formation dans le milieu culinaire/hôtelier à Poligny ! ».


Mehdi Bourabia avec le DFCO en CFA 2

Dans le même temps, Bourabia est revenu au club après avoir échoué à obtenir un contrat pro à Sochaux. Les trois joueurs se retrouvent une nouvelle fois ensemble et découvrent la CFA 2 lors de leur première saison en sénior. Lors d’un match contre la réserve de Grenoble, Bourabia impressionne le staff du GF38, et rejoint l'Isère au bout d’une saison. Il est ainsi le premier des trois à signer pro, et débute en Ligue 1 en novembre 2009.


Mollet, lui, passe pro à la fin de la saison 2011/2012, et débute sa carrière professionnelle lors du retour du club en Ligue 2. 6 mois plus tard, c’est Marié qui passe pro. Durant cette fameuse saison 2012/2013, c’est un tout nouveau staff qui prend en charge l’équipe pro, un staff qui travaillait avant auprès de la formation. Une aubaine pour Florent et Jordan, comme Julien Gibassier le confirme : « Ils ont eu la chance de tomber sur un staff qui les connaissait depuis des années en jeunes : Stéphane Jobard, Benjamin Guy, Olivier Dall’Oglio. Ils avaient assez confiance en eux pour les lancer ».


Jordan Marié avec le DFCO en CFA 2

À la même époque, Bourabia a lui déjà connu plusieurs clubs. Il joue à Grenoble jusqu’en 2011 où il est poussé vers la sortie suites aux déboires financiers du club. Il rejoint alors les équipes amateures du LOSC avant de tenter sa chance en Bulgarie. Il s’y fait un nom et après avoir évolué au Lokomotiv Plovdiv et au Cherno More, il finit par rejoindre l’un des plus grands clubs du pays, le Levski Sofia. France Football en profite alors pour lui consacrer un article. Il part ensuite en Turquie à Konyaspor, y joue l’Europa League et affronte notamment Marseille. L’été dernier, c’est à Sassuolo qu’il pose ses valises, où il découvre la Serie A au sein d’un club réputé pour la qualité de son jeu. En ce mois d'octobre, il a été appelé pour la première fois par Hervé Renard en équipe nationale du Maroc.


Florent Mollet reste à Dijon jusqu’en 2015 avant de prendre son envol pour Créteil en Ligue 2. Si le club vit une saison difficile, il se fait remarquer en inscrivant 10 buts, à la fin de la saison quitte le club pour Metz. Il passe deux saisons en Lorraine où il finit par devenir un titulaire indiscutable, alors que le club est condamné la descente, Florent reste lui en Ligue 1 en signant à Montpellier. Les consultants n’hésitent plus à le citer comme l’un des très bons joueurs de notre championnat et saluent notamment sa qualité de frappe, ce qui ne surprend pas Julien Gibassier : « Florent, c'était une frappe de mule millimétrée. Du gauche ou du droit ça partait où il voulait. Tu le vois aujourd’hui à Montpellier, c’est lui qui tire les coups de pied arrêtés ».


Jordan Marié en Ligue 1 avec le DFCO

Jordan Marié est lui toujours au club, et ne semble pas pressé de partir comme il le révélait à So Foot en janvier dernier. Si ces trois-là sortaient du déjà lot à l’âge de 10-11 ans, il est intéressant de voir qu’au-delà leurs qualités techniques au-dessus de la moyenne, c’est leurs personnalités qui ont dessiné leurs carrières. Mehdi et Florent ont toujours été très déterminés, avec la volonté farouche de devenir pro. Ils ont pris des risques, ont quitté Dijon pour tenter leur chance et ça a marché. Jordan, plus discret n’a lui jamais quitté le club où il semble totalement épanoui.


Ils ont aujourd’hui 27 ans. Si Bourabia et Mollet semblent à un tournant et commencent à sérieusement se faire un nom, Marié est lui moins dans la lumière. L’avenir nous dira jusqu’où iront les trois porte-étendards de la génération 91 du DFCO, une équipe qui écrasait le Mâcon de Griezmann et rivalisait avec l’OL de Lacazette !

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© Le Dijon Show, 2020

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