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Olivier Dall'Oglio : « La plus grande satisfaction pour moi, c'est la progression du joueur »

Deuxième partie de notre interview exceptionnelle en compagnie d’Olivier Dall’Oglio. Après avoir évoqué, lors de la première partie, la formation, le travail avec les joueurs et la préparation mentale, place à des questions un peu plus personnelles. Toujours liées au foot, elles nous ont néanmoins permis d’en apprendre un peu plus sur l’homme, ses expériences et ses ambitions.


Au moment de votre départ de Dijon, vous aviez expliqué que vous alliez prendre le temps de mettre à plat toutes les notes que vous aviez pris au fil des saisons. Est-ce que vous avez eu le temps de le faire et qu'est-ce qu'il y avait dans ces notes ?

Quand on a un peu plus de temps comme ça, on peut commencer à faire le bilan. Voir ce qui était bien, moins bien, ce sur quoi je pouvais travailler... déjà sur moi-même, voir ce que je pouvais changer, là où je pouvais évoluer. J’avais pris pas mal de notes mais aussi gardé des articles, qui sortent un peu du contexte foot mais que j’essayais de remettre dans le contexte foot, pour voir comment je pouvais m’en servir.


Ça m’a notamment servi à l’arrivée à Brest, pour proposer un projet de jeu. C’était délicat car ils en avaient déjà un avec Jean-Marc Furlan, qui avait fonctionné. Heureusement, il ressemblait quand même au mien, sur l’aspect offensif en particulier, mais il fallait apporter plus de vigilance, d’agressivité et de coordination au niveau défensif avec le passage en Ligue 1. Donc je me suis servi de mes notes pour cet aspect tactique mais aussi pour le côté pédagogique, pour voir comment faire passer le message à un groupe qui était composé à 80% de joueurs qui avaient vécu la montée. L’idée ça a été de synthétiser ces notes pour en sortir quelque chose de simple, avec des principes de jeu clairs, que l’on a illustré après notamment par la vidéo, en montrant des actions en match qui y correspondaient. Ces notes m’ont permis d’évoluer et, par ailleurs, je continue à avancer en lisant des bouquins, sur le foot mais aussi en dehors du foot, en ce moment sur les neurosciences ou, pendant le confinement, sur l’évolution des statistiques. C’est un sujet sur lequel on a pas mal travaillé avec mon staff. Ça prend un temps fou mais peut-être qu’in fine on arrivera à trouver deux ou trois données que l’on va pouvoir exploiter et donner aux joueurs. On brasse beaucoup d’informations et on essaie d’en extraire des choses qui vont venir enrichir le projet de jeu.

« Un vestiaire, c'est comme Star Wars ! »

Après, si l’on veut que cela se serve, il faut d’une part beaucoup expliquer aux joueurs et, également, trouver des leaders qui vont relayer l’information. Car nous, même si nous sommes présents dans le vestiaire, ce qu’il s’y passe entre les joueurs, on ne le touche pas. Quand on a été joueur, on sait un peu comment ça fonctionne, il y a des hiérarchies entre les plus anciens, les plus capés, les plus extravertis etc. Il y a toute une carte sociologique dans un vestiaire, avec un fonctionnement qui lui est propre et qui n'inclut pas le staff. C’est pour cela qu’il faut trouver les leaders qui vont nous permettre de diffuser le message à l’intérieur du groupe. D’ailleurs, le fonctionnement du vestiaire, c’est très important. Parfois, des vestiaires sont tendus parce que si, dans les joueurs qui ne jouent pas, il y a des leaders, ils peuvent devenir des leaders négatifs et emmener du monde avec eux. En gros, un vestiaire c’est composé de leaders, certains positifs, d’autres, parfois, négatifs, et d’une très grosse partie de joueurs qui sont entre deux et qui vont pencher d’un côté ou de l’autre. C’est comme Star Wars ! Et si une majorité penche du côté obscur, là il y a du danger. Il faut être vigilant à ça, savoir qui fonctionne avec qui, qui influence qui, s’il ne faut pas séparer un tel d’un autre car il a un impact négatif... C’est une vie !

J’ai la chance d’avoir des gars dans mon staff, que ce soient les anciens de Dijon ou ceux que j’ai rencontré à Brest, qui sont très ouverts à ça. Benjamin Guy par exemple, le préparateur physique, organise souvent des sorties surprises. Hier, il est allé faire des jeux virtuels avec un groupe, et aujourd’hui avec un autre, et après les joueurs vont boire un coup ensemble. On amène de la cohésion avec ce genre de choses. Ça permet aux joueurs de se connaître et de s’apprécier, à leurs femmes de se rencontrer. Il ne faut d’ailleurs jamais oublier que la compagne d’un joueur, ça peut être très important dans une carrière, donc il vaut mieux que ça passe bien de ce côté aussi !

Après vos premières expériences comme coach en club, vous avez passé quelques temps dans le staff de la sélection des Emirats (sélectionneur adjoint de 2008 à 2009). Qu'est-ce que cela vous apporté ?

Au-delà du foot, c’est d’abord une expérience de vie. Et c’est là que je me suis aperçu de ce que pouvait signifier la barrière de la langue. Moi je baragouinais anglais, eux aussi plus ou moins... Déjà, quand on parle la même langue, on a parfois du mal à se comprendre, mais quand on ne parle pas la même langue, il y a des quiproquos ! ça m’a permis d’ailleurs, plus tard, de mettre à la place des joueurs étrangers qui arrivent dans un club, comme par exemple Runarsson à Dijon. Lui parlait anglais, quelques-uns dans le vestiaire également mais c’était loin d’être la langue courante de chacun. De plus, il fallait qu’il appréhende le contexte, la culture, qui sont différents des pays nordiques. Forcément, ça implique une période de flottement et j’en ai vraiment pris conscience à ce moment-là.


Et par ailleurs le boulot de sélectionneur est vraiment complètement différent de celui d’entraîneur. On n’est pas souvent sur le terrain mais quand on a le groupe, là c’est intense, on est sur le grill, même si en tant que sélectionneur adjoint, je n’avais pas la responsabilité de faire la composition d’équipe etc. En dehors de ces périodes, on va voir des matchs le week-end pour superviser les joueurs. La chance aux Emirats, c’est que le pays est tout petit, donc quand on se déplaçait avec Dominique Bathenay (le sélectionneur, N.D.L.R.), on faisait au maximum 100 km, entre Abu Dhabi et Dubaï. En plus, il y avait quatre clubs dans chaque ville et les meilleurs joueurs jouaient là, donc c’était facile de voir deux ou trois matchs par week-end. Mais les Emirats sont une petite fédération donc parfois, la semaine, on n’avait pas grand-chose à faire. En fait, on alternait entre des périodes très calmes et d’autres très intenses, là où dans un club on est plus sur le temps long. Et le relationnel avec les joueurs, également, n’a rien à voir. Entraîneur en club et sélectionneur, ce sont quasiment deux métiers différents.

Et si vous aviez l’opportunité, vous tenteriez à nouveau ce type d’aventure ? Ou bien vous préférez quand même la vie en club ?

Si j’ai le choix, je préfère être en club, ça correspond davantage à mon caractère, on est plus sur du moyen terme, avec des cycles de travail plus longs. Mais prendre une sélection, peut-être en vieillissant, un peu plus tard, pourquoi pas. Pour l’instant, je préfère rester en club. Après Dijon, on m’avait proposé des choses un peu différentes mais j’ai préféré renoncer et attendre d’avoir un club.


« J’ai tout donné pour être footballeur professionnel. Depuis tout petit, je ne pensais qu’à ça »

En dehors des résultats sportifs (victoires, promotion, maintien etc.), quelle est votre plus grande fierté en tant qu’entraîneur ? Et à l’inverse votre plus grande déception ou la chose que vous n’avez encore réussi à accomplir ?

La plus grande satisfaction pour moi, ça reste la progression du joueur. C’est la récompense. Voir qu’on a fait avancer des joueurs, qu’on les a fait progresser, dans le foot mais aussi dans la vie. C’est ça qui me satisfait parce qu’au fond, le foot m’a tout donné. Je suis passionné de foot, mon père était footballeur amateur, un peu frustré de n’avoir pu faire ce qu’il voulait avec le travail et le reste, et moi j’ai tout donné pour être footballeur professionnel. Depuis tout petit, je ne pensais qu’à ça, j’y suis parvenu et le football m’a donné beaucoup de chose, que j'essaye de rendre. Bon, il y a aussi beaucoup de déceptions et de souffrances parfois mais à l’arrivée on ne retient que le positif. Et aujourd’hui, au-delà du plaisir personnel de gagner des matchs, voir qu’on les gagne avec brio, avec des belles actions, voir que l’équipe joue bien, que les joueurs progressent, ce sont ça les plus grandes satisfactions.

Côté déception, je parlerais plutôt de frustration, car c’est un métier où on est souvent frustré. D’ailleurs, je travaille dessus. Il faut que j’apprenne à accepter de ne pas gagner, de ne pas avoir été bon, de m’être trompé. Ça m’est arrivé de ruminer pendant trois jours, parce qu’on a perdu, qu’on est danger, qu’on a des blessés, que je ne suis pas sûr de voir la bonne solution. Mais je sais bien que ça ne sert strictement à rien ! Il y a des moments assez pesants, d’où l’importance d’avoir un entourage qui nous aide. Mais on a la chance, dans un championnat, de rebattre les cartes chaque semaine, même si ça implique aussi de devoir prouver à nouveau à chaque

match.

Après, sur un plan extra-sportif, il est sûr que le départ de Dijon, je voyais ça autrement. Et c’est d’autant plus frustrant qu’on n’avait déjà connu des moments compliqués, où l’équipe était à l’arrêt, et là on savait pourquoi on était à l’arrêt. Sur le recrutement en particulier, très rapidement, j’ai alerté sur le fait que certains joueurs, comme Coulibaly ou Aguerd, avaient du potentiel mais auraient besoin de plusieurs mois d’adaptation. On avait travaillé sur des pistes pour corriger ça, lors du mercato d’hiver, et finalement tout s’arrête en décembre.

Si vous deviez entraîner ailleurs qu'en France, le championnat que vous préféreriez ?

Globalement, ce sont les championnats européens qui restent les plus intéressants. J’avais fait un stage au Brésil il y a quelques années, un autre berceau du foot, mais je pense que l’Europe reste au-dessus et notamment les trois grands championnats que sont l’Espagne, l’Angleterre et l’Allemagne, pour la ferveur et la culture foot qui sont implantées dans ces pays. L’Angleterre, c’est sans doute là où il y a les meilleurs coachs, beaucoup de bons joueurs et une telle ferveur que ça leur donne une dimension un peu supérieure. L’Espagne a ce côté très technique et très tactique qui est intéressant, même sur des petites équipes. Et j’aime bien aussi la rigueur qu’on peut trouver en Allemagne.


La phrase/consigne que vous dites le plus quand vous êtes bord terrain ? Et celle que vous ne direz jamais ?

Une phrase que je répète souvent, je pense un peu comme tous les coachs, c’est « lève la tête, prends des infos ». Bon, après, dans les gros stades, on peut dire ce que l’on veut, de toute façon, on ne nous entend pas ! Mais lever la tête c’est vraiment important. Les joueurs qui prennent l’information sont les meilleurs joueurs, car ils ont un temps d’avance sur les autres. Ils savent où ils sont, où sont les adversaires et les partenaires, c’est un avantage. Trop de joueurs suivent le ballon des yeux, or souvent il faut lâcher le ballon. Même quand on observe un match d’ailleurs.


Et une chose que je ne dirai pas, ce sont les insultes ou les mots grossiers envers un joueur. Je peux lever la voix mais il y aura toujours une forme de respect. Je veux qu’on me respecte donc je respecte les autres aussi.


« Les évolutions les plus positives, ce sont celles qui permettent d’accélérer le jeu et de favoriser le spectacle »

L'évolution dans le foot moderne qui vous enthousiasme le plus ? Et à l'inverse le phénomène qui vous déplaît le plus ?

Les évolutions les plus positives, ce sont celles qui permettent d’accélérer le jeu et de favoriser le spectacle. Par exemple, la règle de la passe en retrait au gardien (depuis 1992, le gardien ne peut plus se saisir à la main d’une passe en retrait volontaire, N.D.L.R.), ça a vraiment fait avancer le foot. Avant, on menait 1-0, on jouait avec le gardien, il rejouait avec nous, il prenait le ballon à la main... D’ailleurs, cette règle a aussi fait évoluer le métier de gardien. Aujourd’hui, un gardien qui n’a pas de pied n’a aucun avenir dans le foot professionnel. On peut aussi citer le fait d’avoir des ramasseurs de balle qui rendent le ballon rapidement.


Il y a eu aussi des avancées au niveau arbitral. Même s’il y a encore beaucoup d’erreurs, les arbitres sont beaucoup plus préparés, ne serait-ce que physiquement, aidé par le fait qu’ils soient passés pros. Il y a aussi moins d’erreurs sur les hors-jeux qu’à mon époque. Sur la VAR, j’ai toujours été positif, même si je pense qu’on est qu’au début et qu’il va y avoir encore des améliorations. Enfin, au niveau de la formation, il y a déjà eu beaucoup de progrès sur le physique et sur la technique. La prochaine étape, ce sera l’aspect cognitif, sur la prise d’information et la rapidité des décisions, et je pense que ça rendra le jeu encore plus rapide et, automatiquement, il y aura encore plus de spectacle.


Et ce qui ne me plait pas, le mercato d’hiver (instauré en 1997, N.D.L.R.), trop long et qui favorise trop les clubs riches qui peuvent changer une grosse partie de l’effectif. Je pense qu’il y aura une évolution car tout le monde rouspète là-dessus et il faudra qu’il y ait une harmonisation au niveau européen. Il y a peut-être aussi une évolution à avoir sur l’aspect financier, peut-être limiter le montant des transferts.


C’est vrai qu’on pouvait espérer que la crise de la Covid-19 ramène le foot a des choses moins extravagantes mais finalement, quand on voit par exemple le cas de Manchester City, c’est plutôt le fair play financier qui semble avoir été mis à mal...

On voit aujourd’hui qu’il y a de plus en plus de fonds d’investissement qui s’intéressent à des clubs. Et bien sûr, s’ils investissent, il faut qu’il y ait du gain. Mais si c’est pour faire comme dans certains clubs, que du trading de joueurs, c’est un peu embêtant...


Et ça ressent sur le plan sportif, quand on regarde l’homogénéité de la Ligue 1, le PSG mis à part, alors qu’il y a des écarts significatifs de budget entre les clubs.

Oui, ce n’est effectivement pas normal que certains clubs, avec les individualités qu’ils peuvent avoir, n’y arrivent pas. En même temps, ça prouve que c’est compliqué, qu’il ne suffit pas d’avoir les joueurs, c’est ce qui peut donner de l’espoir aux autres clubs. Mais ça veut dire quand dans ces clubs-là, il y a du travail à faire. Je ne suis pas là pour juger un tel ou un tel, mais ça veut peut-être dire qu’il y a certains joueurs qui ne supportent pas la pression, ou qui sont suffisants, ou qui jouent pour eux... Et puis certains sont compliqués à gérer. Ce n’est pas simple de gagner une Coupe d’Europe !


Je crois que les très grands champions, qui durent, comme Ronaldo ou Messi, certes il faut gérer l’égo, en revanche ce sont de vrais professionnels. Mais chez d’autres joueurs, qui sont en dessous, des bons joueurs mais qui ne sont pas au niveau des très grands, qui ne durent pas spécialement non plus, il faut gérer l’égo, et les humeurs qui ne sont pas toujours en adéquation avec le talent. Ces joueurs un peu « entre deux », qui pourraient être de grands champions mais qui ne le sont pas, ceux-là peuvent être compliqués à gérer.


En ce sens, entraîner un club avec plus de moyens, d’ambitions européennes, cela vous plairait ou, finalement, devoir gérer ces comportements parfois décorrélés de la réalité du terrain, ça pourrait vous rebuter ?

Ah j’aimerais bien quand même ! Essayer d’avoir un peu plus de moyens, surtout pour voir jusqu’où on peut aller, parce que parfois on peut se sentir limité, sur les marges de progression de certains joueurs par exemple. En revanche, il faut toujours garder en tête cette notion de plaisir et de passion. S’il y a plus de contraintes que de plaisir, à ce moment-là, je préfère ne pas y aller.


Après tout est question d’opportunité et ce n’est pas évident car on est vite enfermé dans des boîtes. Quand on est dans la boîte « formateur » comme je l’ai longtemps été, on est catalogué. Comme si le parcours de formateur empêchait de gérer des pros !


On a effectivement l’impression parfois qu’il y a un plafond de verre et que les gros clubs de Ligue 1 préfèrent aller chercher des entraîneurs à l’étranger alors qu’il y a un très bon vivier en France.

Cela vient surtout des présidents. Un président a la pression du public, des réseaux sociaux, des actionnaires... S’il prend, par exemple, un entraîneur qui a un nom en tant qu’ancien joueur, ça peut paraître plus rassurant, car il aura moins de comptes à rendre que s’il prend un entraîneur de Ligue 2 et qu’il se plante. Je connais des présidents qui auraient envie de travailler avec des coachs moins connus mais qui ont peur pour eux-mêmes.


Pour en revenir à Dijon, là où je remercie Olivier Delcourt, c’est de ne pas avoir eu peur, lui, quand il est devenu président, de me prendre comme coach. Il a eu le cran de prendre ce risque-là alors qu’il débarquait dans le foot professionnel. Ça, je ne l’oublie pas ; pas plus que je n’oublie mon limogeage abrupt.


« C’est important parfois de relever la tête et de voir qu’il y a des gens qui sont là »

Merci Olivier pour toutes ces réponses passionnantes ! Un dernier mot pour les supporters dijonnais et les lecteurs du Dijon Show ?

Vous avez bien raison car je ne sais pas si j’ai pu remercier tous les supporters de leur soutien. Quand ça va mal, sentir qu’on est soutenu, ça fait chaud au cœur, sincèrement. C’est quelque chose qui m’a énormément touché. Les supporters qui sont venus l’année dernière à Brest avec une banderole (les Lingon’s Boys, N.D.L.R.), alors là, j’étais scotché, je suis admiratif. Je les remercie mille fois. Parfois, on a la tête dans le guidon et on ne sait pas trop comment les gens à l’extérieur réagissent, on est un peu en cercle fermé. C’est important parfois de relever la tête et de voir qu’il y a des gens qui sont là et qui sont contents du boulot qu’on a fait. Je m’en suis vraiment rendu compte à ce moment-là et j’étais vraiment surpris. Donc encore une fois, un grand merci à tous les supporters dijonnais, c’était une belle époque.

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© Le Dijon Show, 2020

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